Une plongée dans les coulisses d’un rituel politique depuis le démarrage de la compagne électorale, où une partie du peuple semble jouer le jeu du festin des affamés, et d’autre part une autre qui semble consciente des enjeux qui imposent un bouleversement profond dans la structure politico administrative du pays. Ces fractions s’entremêlent et s’entrechoquent sur le terrain dans une orientation des intérêts non voilés. Des dizaines de milliards ont été mobilisés, décaissés ou cotisés par des fonctionnaires, militants et sympathisants des formations politiques en lice alors même que la majorité croule sous le poids d’une pauvreté chronique dans un environnement ou les structures sociales de base sont non fonctionnelles ou en état de dysfonctionnement généralisé. À l’ ouverture de la campagne électorale, des scènes surréalistes de distribution publique de billets de banque ont été observées et royalement filmées. Comment la misère est-elle instrumentalisée pour soumettre les plus faibles ou les plus pauvres ? Et comment comprendre que ceux qui en souffrent depuis plus d’une quarantaine d’années préfèrent les miettes à l’indignation citoyenne de rupture pouvant conduire effectivement au changement ?
L’ambiance électorale au Cameroun s’apparente à une grande fête nationale, les énergies humaines couplées à celle financière créent un décor d’une démocratie en trompe l’œil au regard des vrais réalités de la vie au quotidien. Affiches géantes, caravanes motorisées, concerts improvisés, meetings spectaculaires dans lesquels les noms des seigneurs politiques sont chantés et scandés tel des sauveurs sur qui reposent l’espoir des millions d’âmes égarées. Les candidats rivalisent d’ingéniosité pour séduire, divertir et captiver l’attention des plus naïfs généralement profanes de la chose politique. Derrière cette effervescence se cache une mécanique bien huilée, celle d’un système où toutes les tares sont dissimulées derrière la glorification mécanique d’un citoyen suprême dans une démocratie spectacle. Le camerounais lambda, censé être au cœur du processus de développement de son pays est relégué au rang de figurant, la place laissé aux jouisseurs invétérés et aux croyants naïfs d’un tel environnement claqué sur un model imposé par une métropole colonisatrice qui a fait croire aux africains que de tels cirques payés à coups de milliards seraient la solution alors que les conditions humaines les plus basiques ne sont pas encore améliorées. Les jouisseurs distribuent billets, bières, pagnes, quelques kilos de riz importés de Thaïlande, du Vietnam, du pain fait à base de blé, de la sardine importée, des gadgets fabriquées et imprimées de Chine. Pendant ce temps, la meute applaudit, danse, scande et chante dans un décor où les rôles sont distribués et le scénario écrit d’avance.
La misère entretenue comme outil de contrôle et de domination
Les scènes incroyables de distribution d’argent aux participants à cette fiesta politisée ne sont plus des rumeurs. Elles sont filmées, diffusées et commentées. Des liasses de billets circulent dans les lieux de rassemblement. Des fonctionnaires cotisent parfois sous contraintes, des hauts fonctionnaires cotisent par devoir de redevance au système qui les nourrit et les gave de privilèges de toutes natures, pour financer des campagnes où le retour sur investissement est politique, pas citoyen. La pauvreté devient leur levier stratégique de manipulation, elle permet de capter l’attention des affamés, d’acheter leur silence et de neutraliser la révolte. Ce peuple suiveur amorphe, pris dans l’étau de la précarité encadrée, troque sa voix contre un repas, un billet, une illusion, pour la prospérité continue d’un système dans lequel les récompenses politiques primes sur les performances administratives.
Le syndrome d’une résignation collective bien réussie
«Ahhhh mon frère, on va faire comment ? on a soif, prenons un bière dis donc …», tels sont les propos et attitude de ceux là même qui subissent la misère imposée par un système occidentalisé et inféodé par des relais issus des cercles de pouvoir contrôlés par des entités françafricaines mystico idéologiques. Pourquoi les pauvres dont les richesses sont pillées tous les jours à l’instar du bois, du pétrole, ne se révoltent-ils pas pacifiquement pour mettre un terme à ce cirque misérable essentiellement profitable à une poignée d’individus administrativement sélectionnés et leurs complices logés dans des officines occidentales ? Pourquoi acceptent-ils ce jeu truqué ? La réponse est complexe. Entre peur, fatalisme et absence de repères alternatifs, la résignation devient une culture. Le citoyen ne croit plus en sa capacité de changer les choses. Il s’adapte, il survit, il espère sans y croire. Cette résignation est alimentée par des décennies de promesses non tenues, de réformes avortées, de projets inachevés, de leaders déconnectés des réalités du quotidien. Elle s’enracine dans les esprits, façonne les comportements, et anesthésie les consciences.
Onze candidats, zéro union : la fragmentation entretenue par des traitres dissimulés comme stratégie
Onze candidats sont en lice pour la présidentielle du Dimanche 12 Octobre dans quelques jours. Onze ambitions, onze visions, onze programmes de campagne, onze professions de foi, onze égo. Mais aucune union sacrée, aucun front commun, aucune stratégie concertée pour renverser l’ordre établi. Les tentatives de concertations dont les réunions tenues à Foumban, à Yaoundé et ailleurs ont été des échecs cuisants dû aux éternels opportunistes traitres embusqués sous la coupole d’opposants. Cette dispersion favorise le statu quo, elle affaiblit l’opposition, divise les forces du changement et renforce les jouisseurs du système. Le pouvoir qui contrôle toutes les strates administratives et politiques, observe, calcule, agit officiellement et officieusement en capitalisant sur cette fragmentation. Et le peuple ? Ah le fameux peuple enfermé pour la majorité dans les bars et les églises assiste à une reconduction déguisée.
Au regard de ce capharnaüm sociopolitique, on a bien envie de se poser une question fondamentale, celle de savoir si le Cameroun peut-il se développer dans de telles conditions ? La question n’est pas seulement politique, elle est culturelle, sociale, presque spirituelle. Il faudra plus qu’un vote pour renverser la logique du festin et des intérêts individuels. Il faudra une prise de conscience collective, une refondation des valeurs citoyennes, une réhabilitation du sens de l’engagement. Le changement ne viendra pas des urnes seules, il viendra d’un sursaut patriotique sincère, d’un éveil de conscience comme on l’a observé dans les pays de l’AES où la réelle indépendance actionnée par une rupture consommée et affichée avec l’ordre colonial, est en marche avec l’appui des peuples conscients de leur rôle et responsables de leur engagement à sortir définitivement de toutes les formes de pauvreté.
Par Éric Moïse NKOUANDOU M.